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Michel Bossi : « Aider les entreprises à trouver un nouvel élan »

Sur les 20.000 entreprises présentes dans le Tarn, 10.000 ont cessé leur activité pendant le confinement. Tandis que l’économie tente de redémarrer, les acteurs du territoire montent au créneau pour soutenir les filières les plus impactées. L’éclairage de Michel Bossi, président de la CCI du Tarn.

Michel Bossi, de quelle manière avez-vous aidé les entreprises durant la crise ?
Une cellule d’urgence a été mise en place dès le 9 mars, avant même que le gouvernement ne désigne les CCI comme interlocuteurs de premier niveau. Nous avions eu l’expérience de la crise des gilets jaunes, ce qui nous a amenés à réagir vite. Quatorze conseillers appuyés par deux assistantes ont été disponibles pour répondre à toutes les questions sur la réglementation, les dispositifs d’aide (lire l’encadré) et pallier les problèmes d’accès aux organismes dont les serveurs n’étaient pas adaptés pour recevoir autant de demandes. Mais après les questionnements techniques, une autre problématique s’est présentée : la détresse des chefs d’entreprise. Nous nous sommes alors tournés vers le Sdis(1) qui a mobilisé des psychologues pour former nos conseillers à ce type de prise en charge. Parallèlement à ça, une coordination s’est instaurée avec les acteurs du territoire : notamment une cellule économique Covid-19 hebdomadaire avec Catherine Ferrier, la préfète du Tarn, et une cellule quotidienne avec la Direccte(2), la Chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) et la Région Occitanie. Cette cellule était élargie aux agglomérations, entre autres, un jour par semaine. L’idée était de coordonner notre action et de faire avancer des chantiers collectifs.

Quels types de « chantiers collectifs » ?
Par exemple, quand on s’est aperçu que certaines entreprises avaient du mal à faire homologuer les masques qu’elles fabriquaient, nous avons fait remonter la problématique et la préfète est intervenue pour faire accélérer les procédures de validation. Aujourd’hui, nous avons un réseau de dix-neuf entreprises tarnaises qui fabriquent des masques alternatifs en tissu ou sur-blouses et quinze entreprises pour le gel hydroalcoolique. De même, dans le secteur agroalimentaire, on s’est très vite rendu compte qu’il fallait pallier à la fermeture des marchés couverts et des marchés de plein vent, sans quoi les productions locales allaient partir à la poubelle. Des circuits courts ont été mis en place en lien avec la préfecture et le Conseil départemental et un fichier d’acheteurs de la grande distribution a été constitué et fourni aux producteurs. De la même façon, nous avons mené un lobbying permanent auprès de la préfecture pour permettre aux jardineries de rouvrir leurs portes de manière complète.

Comment se prépare la relance ?
Des groupes « rebond » CCI ont été mis en place pour la plupart des filières (dans l’industrie, le commerce et les services, etc.) pilotés par un tandem élu et technicien, et constitués d’entrepreneurs. L’un des premiers chantiers a été de préparer le redémarrage, notamment dans le secteur du commerce particulièrement impacté ; les commerçants ont perdu quasiment 80 % de leur chiffre d’affaires sur deux mois. Il a fallu mettre en place toutes les procédures pour que les clients aient envie de revenir dans les boutiques et se sentent en sécurité. Nous travaillons également sur un plan de relance pour le tourisme, en lien avec le Conseil départemental. Il est probable que, comme l’aéronautique, le tourisme soit durement touché en Occitanie, alors que ce sont les deux secteurs qui tirent l’emploi au niveau régional. Pour autant, il ne faut pas en faire une fatalité. Notre objectif est de donner envie aux vacanciers de venir dans le Tarn. Et pour cela, nous ciblons les métropoles Toulouse et Montpellier. Une enquête flash a été lancée auprès du plus grand nombre pour connaître les « désirs d’évasion » des vacanciers. L’idée est d’ajuster le plan d’actions pour coller aux attentes des clients.

Quel est l’état d’esprit des chefs d’entreprise tarnais aujourd’hui ?
Tout dépend des gens et des secteurs d’activité. Mais globalement, les chefs d’entreprises que je rencontre sont plutôt dans un esprit de « bagarre », avec l’envie de redémarrer et de sauver leur société. La particularité de cette crise – contrairement à la crise de 2008 dont on arrivait à dessiner les contours – c’est qu’il très difficile d’en mesurer l’impact réel. Aujourd’hui, on peut seulement évaluer le manque à gagner : il a été de 50 à 80 % sur les deux mois de crise et il est d’environ 20 % en moyenne à la reprise. Pour le reste, trop d’inconnues demeurent. Par contre, nous avons une conviction, celle de trouver des solutions pour que les entreprises puissent redémarrer. Il leur faut trouver un nouvel élan. Et nous sommes à leurs côtés pour les y aider. Propos recueillis par Emilie Gilmer

Crédits photo : Hélène Ressayres - ToulÉco

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/Michel-Bossi-Aider-les-entreprises-a-trouver-un-nouvel-elan,28994