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Les Poteries d’Albi : « préserver nos salariés, c’est conserver notre savoir-faire »

Fabricant de poteries en terre à destination du marché horticole, la société albigeoise est attachée à perpétuer un savoir-faire ancestral. Elle s’appuie aujourd’hui sur l’innovation pour préserver la santé de ses salariés et assurer son développement comme l’explique sa gérante, Lore Camillo. (Entretien réalisé avant le confinement).

Lore Camillo, quelle est l’histoire de votre société ?
Il s’agit d’une entreprise familiale qui date de 1891. À l’origine, nous étions briquetiers-tuiliers dans la commune de Lescure d’Albigeois. Du temps de mes grands-parents, la société a déménagé et s’est installée à Albi, au 112 avenue Albert-Thomas, où nous nous trouvons encore aujourd’hui. Mes parents ont repris en 1974 en se consacrant à trois activités : la pierre reconstituée, l’art de la table et l’horticole. Petit à petit, on a lâché les deux premières pour se dédier à la troisième. C’est pourquoi nous faisons partie des plus anciens fournisseurs des jardineries françaises : Jardiland, Botanic, Truffaut, Gamm vert, Leroy Merlin. J’ai créé de mon côté une autre poterie, à Lescure d’Albigeois, à la fin de mes études en 1997, qui s’appelait Clair de Terre. Puis, lorsque mes parents ont pris la retraite en 2015, j’ai décidé de fusionner les deux maisons et d’en prendre la direction.

Quel est votre positionnement sur le marché ?
Nous proposons du moyen et haut-de-gamme – c’est-à-dire que nos prix vont de 9 euros à 600 euros – et nous faisons partie des quatre dernières poteries encore présentes dans l’Hexagone. Nous sommes par ailleurs les derniers à fabriquer des poteries tournées et émaillées à la main. Quand j’ai commencé il y a vingt ans, il existait en France une vingtaine d’entreprises comme la nôtre, mais la filière a beaucoup souffert des importations massives premier prix qui ont dominé le marché pendant une dizaine d’années, entre 2004 et 2014. Une bascule s’est néanmoins opérée fin 2014 avec le début d’une prise de conscience autour du « consommer moins, mais mieux ». Nous qui sommes attachés à préserver notre savoir- faire ancestral, et qui avons la chance de proposer un produit éco-responsable, entièrement recyclable, nous profitons de cette lame de fond. Le chiffre d’affaires a d’ailleurs doublé entre 2015 et 2019, passant de 1,5 million d’euros à 3 millions d’euros.

Quelle est aujourd’hui votre stratégie pour vous développer ?
Notre préoccupation est de toujours continuer à préserver ce savoir-faire, c’est-à-dire cette fabrication manuelle (ce « Fait Main France »), qui constitue notre valeur ajoutée, tout en privilégiant l’innovation produit, puisque nous renouvelons 25 % de nos lignes chaque année. Bien sûr, on pourrait mécaniser l’entreprise, mais on perdrait tout l’ADN des Poteries d’Albi. Préserver ce geste ancestral suppose néanmoins de mener une réflexion sur la santé des équipes et le bien-être au travail, car ce sont des métiers très physiques. C’est pourquoi, en 2017, nous avons eu l’idée d’équiper les salariés d’exosquelettes, c’est-à-dire de bras articulés mécaniques, qui soulagent les muscles à hauteur de 50 % et les tendons à hauteur de 35 %. Sur une journée de travail, cela représente une économie d’efforts colossale.

Où en êtes-vous de cet investissement ?
Nous avons fait appel à une start-up de Tarbes, HMT, à la pointe de cette technologie, qui nous a proposé un prototype réalisé sur-mesure. Nous sommes actuellement en phase de test et sept de nos salariés (aux postes d’enfourneurs et d’émailleurs) seront équipés dès le printemps. Ce premier investissement s’élève à 70.000 euros, et si l’expérience est concluante, nous équiperons chaque année un service supplémentaire. J’insiste sur un point : l’idée n’est pas d’augmenter la productivité des salariés. Ma volonté est bel et bien de les soulager dans leur travail afin d’éviter la fuite des savoir-faire, qui sont pour nous inestimables. D’ailleurs, les lignes sont toujours conçues en concertation avec les équipes. Comme nous avons neuf nationalités différentes au sein de la société, c’est une vraie richesse pour l’inspiration. Je leur demande leur avis et le nom des produits est choisi collectivement.

Quels sont vos autres projets pour 2020 ?
Nous réalisons 88 % de notre chiffre d’affaires auprès des professionnels et 12 % auprès des particuliers via la vente en magasin et en ligne. Mais nous avons aujourd’hui le projet de faire augmenter cette proportion vers les particuliers. On s’apprête également à mettre en ligne, durant le premier trimestre, un site B to B en direction des professionnels de la décoration, de la fleuristerie et des paysagistes, clientèle que l’on ne touche pas du tout aujourd’hui. Je commencerai également à m’intéresser à l’export dans le courant de l’année. Autre projet pour 2020 : développer des cours de poterie pour adultes dans le prolongement de ce que l’on propose déjà aux enfants. À échéance de cinq à dix ans, j’aimerais également créer in situ un centre de formation pour apprentis, ainsi qu’un musée autour de la terre, afin de valoriser ce patrimoine du territoire albigeois et transmettre notre histoire aux jeunes générations. J’envisage d’ailleurs de créer une association d’ici 2021 afin de commencer à récolter des fonds.
Propos recueillis par Emilie Gilmer

Sur les photos : en haut : certains salariés sont désormais équipés d’exosquelettes de la société tarbaise HMT. En bas : Lore Camillo, gérante des Poteries d’Albi. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco.

Retrouvez cette interview, réalisée avant le confinement, dans le numéro de ToulÉco Tarn actuellement en kiosque et disponible sur la boutique en ligne.

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/Les-Poteries-d-Albi-preserver-nos-salaries-c-est-conserver-notre,28815