L’aéroport de Castres peut-il survivre à l’A69 ?

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La délégation de service public qui finance la ligne commerciale aérienne entre Castres et Orly expire fin mai 2026 et, au motif de l’arrivée de l’A69, ne sera pas renouvelée. Entre ce désengagement de l’État et le refus des collectivités de financer les travaux obligatoires, l’aéroport de Castres-Mazamet lutte pour sa survie. Pourtant, le ministre des Transports l’affirme : il ne fermera pas.

À Castres, il semble bien qu’il faille choisir entre rejoindre Paris en avion ou Toulouse en autoroute. Christine Arrighi, députée de la 9e circonscription de Haute-Garonne et rapporteuse spéciale sur les transports, pointe du doigt la contradiction dans laquelle se trouve aujourd’hui la ville. « L’argent public est rare. Exiger une autoroute, soi-disant pour rejoindre plus rapidement la métropole toulousaine et son aéroport, tout en exigeant le maintien de son propre aéroport, paraît complètement inconséquent, autant écologiquement que financièrement », résume-t-elle.

La délégation de service public qui permet à la ligne aérienne Castres-Orly d’exister arrive à échéance fin mai 2026. Elle ne sera pas renouvelée. Le 26 février dernier, interpellé à l’Assemblée nationale par le député Jean Terlier, qui qualifiait la ligne de « vitale » pour la ville tarnaise, le ministre des Transports Philippe Tabarot a douché ses espoirs : « Au titre de la loi de finances, l’État ne pourra plus participer à une partie de son financement. »

Aéroport d’affaires et militaire

Chalair, l’unique compagnie commerciale de la plateforme, assure actuellement les rotations vers Orly. Sans la participation de l’État, qui lui a apporté 1,45 million d’euros par an pendant trois ans, soit 4,35 millions d’euros entre 2023 et 2026, l’avenir de la ligne semble compromis, alors que le ministre estime que cela est l’affaire des collectivités locales. En revanche, Philippe Tabarot promet que « l’aéroport ne fermera pas ». Il pourra « continuer à accueillir l’aviation d’affaires et surtout son activité militaire dont nous connaissons l’importance stratégique ».

Et de fait. Castres accueille effectivement les 1200 soldats du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine. Mais même cette activité paraît menacée : la Direction de la sécurité de l’aviation civile exige notamment la réfection de la piste et du balisage, pour un total de 6,4 millions d’euros. En décembre dernier, le Département du Tarn et la Région Occitanie, membres du syndicat mixte de l’aéroport, ont refusé de voter ces travaux de mise aux normes, provoquant la démission fracassante du président du comité syndical Pascal Bugis, par ailleurs maire de Castres à l’époque, estimant que le vote signait « l’arrêt de mort de l’aéroport ».

« On le sait depuis le début : dès que l’autoroute ouvrira, l’aéroport fermera »

Le mal est plus profond encore. La Région, qui aux côtés du Département et de l’agglomération de Castres-Mazamet, subventionne la ligne à hauteur d’un million d’euros par an, a annoncé en janvier qu’elle stopperait son financement dès la mise en service de l’autoroute A69, faute de garanties de la part de l’État. Pour Christine Arrighi, il n’y a pas lieu de s’en étonner. Dès 2023, l’État avait conditionné son soutien à l’absence d’alternative de transport satisfaisante. « Tous les élus, tous, savent depuis le départ que l’aéroport va disparaître à partir du moment où on ouvre l’autoroute. Ce n’est que de l’hypocrisie de prétendre qu’ils sont maintenant ’lâchés’ par le gouvernement », insiste l’élue écologiste.

Inversement, le nouveau maire (RN) de Castres, Florian Azema, fraîchement élu, ne compte pas baisser les bras pour maintenir l’aéroport. Un élément essentiel selon lui au désenclavement de Castres, au même titre que l’autoroute. « Perdre l’aéroport serait accepter un véritable déclassement, comme voir le Castres Olympique passer du Top 14 à la Nationale 2 », avait-il ainsi lancé à nos confrères de La Dépêche du Midi. Reste à savoir la manière dont il mettra en œuvre cette promesse de campagne.
Marie-Dominique Lacour

Sur la photo : Depuis l’arrêt de la navette Air France en 2023, la compagne Chalair assure la seule liaison aérienne au départ de l’aéroport de Castres pour rejoindre Paris-Orly. Crédit : D.R.

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/L-aeroport-de-Castres-peut-il-survivre-a-l-A69