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A69 : Atosca défend son projet controversé d’autoroute

L’enquête publique environnementale sur l’autoroute A69, entre Toulouse et Castres, va bientôt démarrer. Le concessionnaire, Atosca, veut convaincre du bienfait d’un projet qui suscite toujours de farouches oppositions.

En cet automne 2022, le projet d’autoroute A69 entre Castres et Toulouse, qui a déjà passé le cap de la déclaration d’utilité publique (DUP) en 2018, entre dans une nouvelle phase. Celle des fouilles archéologiques sur les lieux des travaux. Celle, surtout, de l’enquête publique environnementale qui va avoir lieu en octobre et novembre. C’est le dernier moment d’analyses et de débats avant de décider de lancer pour de bon ou pas cet autoroute controversée. Le concessionnaire, Atosca, espère pouvoir démarrer les grands travaux début 2023 pour un achèvement fin 2025. Pour que ce calendrier devienne réel, Martial Gerlinger, directeur général, s’est lancé dans une opération de communication pour défendre l’A69 auprès des médias et des Tarnais.

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Le premier argument de contre-attaque est de dire que le projet « n’est pas anti-écologique ». « Nous avons su tenir compte de l’avis de l’Autorité environnementale pour optimiser au mieux le tracé. Au départ, il était prévu de détruire une soixantaine de bâtiments. Aujourd’hui, seulement une quarantaine de maisons seront détruites. Côté zones agricoles, nous allons réduire entre cinquante et soixante hectares les terrains agricoles nécessaires », assure Martial Gerlinger, qui ajoute que les carrières temporaires de matériaux si décriées aujourd’hui ne seront « finalement pas nécessaires ».

Sur la question du tarif du jugé trop onéreux [1] par les opposants, il rétorque que « l’A69 est moins chère que les autoroutes récentes. Des réductions tarifaires sont prévues pour les usagers réguliers. Et puis, il y aura au minimum 20 % de réduction pour les véhicules électriques. Ce qui prouve que nous sommes bien dans une logique de modalité durable. » Atosca veut aussi mettre particulièrement en avant le fait « que la subvention d’équilibre des collectivités territoriales n’aura plus cours », puisque Atosca s’engage à supporter cet effort financier « en échange d’une concession plus longue ».

Dernier grand argument, la dynamique que créerait le projet en termes d’emplois. « 1200 personnes vont travailler sur le projet au pic des travaux. Et, durant la période de concession de cinquante-cinq ans, environ quarante-cinq personnes seront mobilisées pour entretenir et exploiter l’autoroute. Nous allons nous servir de ce projet pour aider à la réinsertion de personnes éloignées de l’emploi », promet le directeur général. Sur une autre problématique, celle du temps de parcours, Martial Gerlinger est peu disert. Il se contente de contester l’avis de l’Autorité environnementale, qui juge « peu cohérent et peu réaliste » les trente-cinq minutes évaluées en heure de pointe par la société concessionnaire pour la liaison Castres-Toulouse.

Des opposants toujours déterminés

Les opposants au projet n’ont pas changé d’avis, ils vont continuer à se mobiliser tous azimuts cet automne [2]. Engagée depuis longtemps contre l’autoroute, la maire de Teulat, Sabine Mousson, dont le petit village du sud-ouest du Tarn est concerné par les travaux de l’A69, dénonce en premier lieu « le manque de transparence ». « Nous sommes dans un dossier opaque où beaucoup de nos questions sont encore sans réponse. Il devait y avoir des carrières par exemple. Elles ne seront finalement plus là. Alors comment, concrètement, vont être gérés les remblais et les déblais ? Cela reste très flou. C’est extrêmement difficile à vivre. Mettez-vous à ma place ! Je suis une maire d’un village de 500 habitants et je suis incapable de répondre aux interrogations précises de mes administrés sur le devenir des lieux où ils habitent ! », s’emporte l’élue.

Au temps de « la fin de l’abondance », les opposants défendent aussi la « dimension écologique et philosophique » de leur démarche. « Une partie de mon village sera coupée en deux. En tant que maire, je ne peux pas porter ça, en particulier dans la période actuelle. Au moment où nous sommes extrêmement contraints, très souvent à raison, par la loi Notre ou la loi Climat et résilience sur l’utilisation et la transformation des terres agricoles, cette autoroute est incompréhensible ! », estime l’édile rurale. « Ils sont dans la vision archaïque de l’autoroute comme symbole de progrès », juge Geoffrey Tarroux, membre du collectif La Voie est Libre, en première ligne dans l’opposition à l’A69. Comme Sabine Mousson, il déplore que le projet alternatif, l’aménagement de l’actuelle RN126, n’est pas été « assez sérieusement étudié ». « Il y aurait eu beaucoup moins d’expropriations. Cela aurait été sans commune mesure avec ce qu’Atosca nous propose », affirme la maire de Teulat.

Les opposants prévoient de se mobiliser, du 21 au 24 octobre, par une grande marche sur les 53 kilomètres du tracé de la future l’autoroute. Accompagnés d’un avocat, ils pourraient aussi attaquer judiciairement le projet. « Nous ne sommes pas contre désenclaver Castres, mais pas avec un projet de cette ampleur, avec tant d’impacts sur les terres et l’environnement. Les grands élus peuvent encore s’opposer à cette autoroute. Je n’ai pas envie de dire aux générations futures que nous avons laissé faire », résume Geoffrey Tarroux.
Matthias Hardoy

Sur la photo de Une : Martial Gerlinger, directeur général d’Atosca, concessionnaire de l’A69. Crédit : Rémy Gabalda - ToulÉco. // Visuel d’une autoroute. Crédit : Atosca. // Ce projet autoroutier suscite l’opposition de riverains rassemblés au sein du collectif La Voie est libre. Crédit : La Voie est libre.

Notes

[1Le tarif sera de 6,77 euros pour un véhicule léger pour rallier Castres à Verfeil. Une somme à laquelle il faut ajouter 1,60 euro supplémentaire pour le péage de l’A68 entre Verfeil et Toulouse, soit 8,37 euros au total.

[2En ce mois de septembre, une nouvelle pétition a été lancée, une lettre ouverte au groupe Pierre Fabre, qui a soutenu le projet, a été diffusée. Les opposants estime que ce soutien va à l’encontre « des fortes ambitions RSE » revendiquées par le groupe.

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/A69-Atosca-defend-son-projet-controverse-d-autoroute,35138