ToulÉco Tarn

Publié le mardi 9 juin 2015 à 21h06min par Anne Marie Bourguignon

Giroussens. Top qualité pour l’édition 2015 du marché européen de la céramique contemporaine

Soixante-quatorze potiers, céramistes et sculpteurs venus de toute l’Europe ont participé à l’édition 2015 du Marché européen de céramique contemporaine de Giroussens. Plusieurs milliers de visiteurs étaient au rendez-vous.

Organisé par l’association Terre et Terres, forte d’une cinquantaine de céramistes de la région Midi-Pyrénées, le marché européen de la céramique contemporaine de Giroussens propose depuis 24 ans de découvrir tous les savoir-faire des potiers, sculpteurs et céramistes.
Une belle vitrine, pour ces artistes de l’argile, aux styles et techniques variés, qui rayonnent désormais du fait de leur notoriété internationale, mais qui, à l’origine, constituaient un groupement de potiers tarnais.

Un noyau qui a su attirer et retenir de plus en plus de participants, venus d’Angleterre, de Hollande ou d’Espagne et bien sûr de tout l’Hexagone.
Cette rencontre phare leur permet, certes, de vendre leurs produits, mais aussi de les faire connaître des galeristes qui viennent chercher ici un style ou une créativité démarquée : poteries utilitaires, œuvres uniques, décoratives en faïence, grès ou porcelaine. Le choix est varié tout comme l’originalité des animations, tel le parcours de sculptures.

Pour Marie Costes, potière à Frausseilles, une des organisatrices : " Les nouveautés apportées cette année comme le Café céramique ont ravi le public. Mais c’est surtout au regard du niveau de qualité très élevé que les visiteurs ont fait la différence. Ce qui fait de ce marché un des plus beaux de France".
L’exposition annuelle de l’association, intitulée « Hors Socle », se tient au Centre céramique de Giroussens, jusqu’au 28 juin.

Plus que deux potiers dans le village

Coup de projecteur sur les deux seuls potiers du village dans leur atelier installé de chaque côté d’une ancienne fabrique…de cintres. Une idée du maire du village qui souhaite redonner à Giroussens** son âme de village de potiers et qui n’en avait plus.

Catherine Pagnoux a créé, ici, Les grès de Catherine. Après un début sous le statut d’artisan puis d’auto-entrepreneur (pour des raisons économiques), elle conçoit et fabrique des grès utilitaires classiques avec une terre type grés de Saint-Amand-en-Puisaye.

Une matière brute dont elle passe une tonne par an. De chacune de ses fournées, en moyenne bimensuelles, elle sort des saladiers, des bols, des assiettes, des plats qu’elle vend sur les marchés du Tarn, du Lot, en boutique à la Maison de la céramique à Giroussens.
Membre actif de Terre et Terres, la potière constate : « Notre activité est en perte de vitesse. Les gens ne se font plus plaisir en achetant des pièces de créateurs. En raison de la crise économique, ils préfèrent acheter de la faïence industrielle. C’est devenu un métier difficile que seule la passion pousse à continuer ».

Alain Pierre, céramiste, est, quant à lui, passé de l’univers de l’industrie du papier à celui de la terre.
Une reconversion réussie sous le statut d’artiste. Après une formation à la Maison de la céramique de Mulhouse, il a créé son atelier, Le sens du Girou, où il façonne, peint, ouvrage, entre autres, les fameuses terres vernissées de Giroussens, au décor si surprenant. Un art traditionnel local qui remonte à plusieurs siècles dont il a retrouvé toute la science.
Les deux potiers de Giroussens ouvrent, également, leur atelier respectif aux néophytes qui souhaitent appréhender les techniques en leur donnant des cours.
A.-M. B

Sur la photo du haut, Catherine Pagnoux et en bas, Alain Pierre - Photo AMB - ToulÉco.

* Terre et Terres est l’un des membres fondateurs du Collectif national des céramistes qui a pris naissance en 1999 et qui regroupe plus de 600 ateliers en France. Terre et Terres travaille en liaison avec les associations de céramistes et de potiers, les organismes professionnels et institutionnels pour la réalisation de ses projets visant à donner de la céramique contemporaine, une image valorisant la créativité d’un secteur à la peine économiquement.
** Ancienne bastide fondée à la fin du XIIIe siècle, autour d’un château dominant la vallée, Giroussens était, avant la révolution, une petite cité prospère grâce à l’activité de nombreux potiers établis à l’orée de la forêt, usant d’un privilège octroyé aux habitants de prendre dans la forêt le bois pour alimenter leurs fours.

Au début du XVIIe siècle, ils étaient 72 maîtres-potiers, compagnons et apprentis à fonder la confrérie « Sainte Rufine » qui leur assurait des secours spirituels et matériels. Leur nombre passa de 86 (en 1690) à 91 en 1735, époque la plus florissante de leur industrie. La renommée de ces potiers tenait à la production de plats et d’assiettes rappelant les céramiques italiennes vernissées au plomb, colorées de jaune, de vert et de bleu.

Au milieu du XVIIIe siècle, la concurrence des industries de faïence et la suppression de leur privilège à la révolution entraînèrent leur déclin. De cette industrie locale restent quelques pièces remarquables que l’on peut découvrir au Centre céramique de Giroussens et dans certains musées, notamment celui de Rabastens qui détient une grande collection de ces pièces.
Source : Le centre céramique de Giroussens.