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Une vie entre strass et pailles aux Folies Fermières 1/3

David Caumette, un agriculteur tarnais, a sauvé la ferme familiale en la transformant en cabaret. Derrière cette épopée originale, qui a inspiré un film sur grand écran, se dessine, en creux, un véritable plaidoyer pour l’agriculture. Reportage

Il est un peu plus de dix heures, un matin chaud de juin, et David Caumette, vêtu d’un short et d’un t-shirt, effectue sa deuxième tâche de la journée. Le gérant de l’exploitation familiale de cent hectares Les Folies Fermières, installée au lieu-dit Maziès, à Garrigues, un village de 260 habitants dans le Tarn, présente Papillon, un lapin de collection à poils longs, aux touristes venus en bus depuis l’Aveyron. Le paysan, fier de son petit effet, reprend sa marche dans le brouhaha. En chemin, ce grand gaillard de 39 ans ressuscite les vieux outils (la « maïté » utilisée pour tuer le cochon et la « débuteuse » pour « ouvrir les rangées de patates ») et présente son unique taureau reproducteur, baptisé le « Mâle heureux ». Cet intarissable tchatcheur à l’accent du pays évoque volailles, porcs et brebis, le tout agrémenté de plaisanteries potaches. Véritable conteur qui capte l’attention de son auditoire, il relate ensuite l’histoire de sa famille, truffée de petites blagues, et énumère les races bovines qu’il possède, dont la vache d’Afrique de l’Est, la Watusi. Ses longues et grandes cornes font mouche auprès d’un public composé essentiellement de retraités.

« Je retrouve mon enfance dans la région », se réjouit Monique, cheveux relevés en chignon au sommet du crâne venue voir Les Folies Fermières, le premier cabaret rural de France, fondé en 2007 par David, pour sauver la ferme familiale alors en grande difficulté. « Je ressens le contact qu’il a avec la nature et avec sa famille. J’ai bien fait de venir. C’est une journée à marquer d’une pierre blanche », ajoute cette ancienne danseuse et attachée de presse dans le secteur du spectacle, aujourd’hui membre de l’association Mazamet Patrimoine. Puis, David embarque les curieux à bord de son tractotrain, un train tiré par un tracteur qu’il conduit, en direction de la tonte des moutons. Mais, à six heures du matin, David était déjà debout. Il effectuait son premier métier, celui d’éleveur de veaux sous la mère. Aux aurores, en bleu de travail, il nourrissait ses bêtes.

« Rome ne s’est pas faite en un jour »

Vers midi, dans la grande salle du restaurant décorée, sans grande surprise, de peintures et dessins de bovins, les tables sont déjà dressées. Les convives patientent dans le calme puis s’installent sur des chaises alignées pour regarder une courte vidéo qui retrace les grandes étapes de la saga des Folies Fermières. Micro à la main, c’est Sophie qui mène la danse. Elle n’hésite pas à accompagner chaque photo qui apparaît à l’écran d’un commentaire personnel. « Rome ne s’est pas faite en un jour, mais, ici, il y a un micro-climat. On n’a pas de pleine lune et c’est la raison pour laquelle on est de bonne humeur », lâche la secrétaire, qui endosse le costume de l’animatrice pour les besoins du repas. Sophie rappelle que Geneviève de Fontenay, la présidente du comité Miss France, est venue sur place deux fois en personne. Mais personne ne bronche. Les lumières s’allument, enfin, et David réapparaît, vêtu d’un autre costume, toujours bleu. Un grand écart entre la paille et les paillettes qu’il effectue sans sourciller, même s’il ne dort que cinq heures par nuit.

Habillé d’une veste, chemise et pantalon assortis, il passe de table en table, se prête au jeu des selfies, et, ravi, adresse un mot gentil aux convives, souvent accompagné d’une petite blague sur sa femme, Lætitia. Cette ex-agente de service hospitalier à Gaillac, fille d’éleveur de vaches laitières à Bournazel, et bras droit de David dans toute cette aventure, ne moufte pas. Probablement habituée, elle rit de bon cœur. Et, en toute discrétion, elle s’assure que les invités apprécient la saucisse de boeuf bio et la tarte aux pommes maison.

137.661 entrées en quatre semaines

Depuis la sortie du film Les Folies Fermières dans les salles obscures en mai dernier, David est devenu une star de cinéma, comme il dit. Son histoire racontée par le réalisateur Jean-Pierre Améris a cumulé 137.661 entrées en quatre semaines. « On a vu le film. C’est pour cela que nous sommes ici », explique Bernard, ancien arboriculteur à la retraite installé à Toulouges dans les Pyrénées-Orientales. En goguette dans le Tarn, avec des amis, il a visité Albi et sa cathédrale, Cordes et la ferme de David. « J’apparais à la fin du film, qui est vrai à 70 %, et il a suffi que trois mots clés apparaissent dans le générique – Garrigues, Tarn et Folies Fermières – pour que je devienne un monument inscrit dans le circuit touristique », s’exclame David. Anne regrette que le long-métrage n’accorde pas assez de place à Lætitia, cheville ouvrière de cette épopée.

Pour autant, elle estime, critique, que le film est « bien fait ». « Il explique bien les problématiques du monde agricole. Car c’est dur et compliqué », souligne cette éleveuse de brebis laitières à Alban, dans le Tarn, qui sait de quoi elle parle. « Il faut aller de l’avant et faire évoluer l’exploitation créée par mon grand-père. Mais nous n’avons pas d’argent et on ne nous laisse pas faire. » Anne et son compagnon Clément, qui est par ailleurs le cousin de Lætitia, évoquent, à table, la difficulté qu’ils rencontrent avec le papa d’Anne, qui « ne veut pas lâcher ».

Une fois le déjeuner avalé, la salle plonge dans l’obscurité. Le rideau rouge se lève et trois danseuses, en strass, plumes et paillettes, démarrent le spectacle. Trois cow-girls, en fausse peau de vache aux tâches brunes et blanches, font leur numéro de danse. Puis, c’est au tour du sosie de Colombo, célèbre personnage de télévision campé par Peter Falk, de prendre la relève et de parler de son épouse. Du french-cancan à la variété française en passant par des numéros de magie, le public retrouve les éléments incontournables du genre. « On émerveille à la fois les pupilles et les papilles ! », s’enthousiasme David, en contemplant la centaine de spectateurs. Mais la réussite de cette « formule magique » était loin d’être évidente en 2007.

À suivre....

Audrey Sommazi

Sur la photo : David Caumette qui a fondé Les Folies Fermiéres// David Caumette, et sa femme Lætitia, entourés de l’équipe des Folies Fermières avec le pain géant, autre attraction de la soirée. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/Une-vie-entre-strass-et-pailles-aux-Folies-Fermieres-1-3,35868