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Tarn. Un forage d’étude mené par Danone pour son usine de la Salvetat fait débat

Près de la Salvetat, riverains et agriculteurs sont inquiets en raison d’un forage d’étude mené par le groupe Danone à Murat-sur-Vèbre, dans le Tarn, pour son usine d’embouteillage. Un collectif s’est créé pour s’opposer à une éventuelle exploitation par l’industriel. Le maire envisage une « consultation citoyenne ».

Depuis plusieurs mois, le sujet agite Murat-sur-Vèbre, petite commune du Tarn de 850 habitants située dans les Monts de Lacaune. Un forage d’étude mené depuis mars 2022 par la société Danone Eaux France, qui capte et commercialise l’eau de la source La Salvetat sur la commune voisine de La Salvetat-sur-Agout, à une vingtaine de kilomètres, suscite de nombreuses craintes parmi les habitants. Fin juin, riverains et agriculteurs se sont rassemblés au sein du Collectif de défense des eaux du Montalet pour faire entendre leur voix et s’opposer d’ores et déjà à une éventuelle exploitation par l’industriel. Plusieurs panneaux ont été installés au bord des routes pour dire « Non au forage Danone » et une pétition, qui a déjà reçu quelque 1500 signatures, a été lancée à la veille de la rentrée. Mais depuis quelques jours, le débat s’envenime. Daniel Vidal, le maire de Murat-sur-Vèbre auquel des habitants reprochent d’avoir laissé faire le forage, a porté plainte après avoir reçu des menaces.

Après cet été caniculaire, le collectif lui, fait le bilan. Les difficultés d’affouragement des troupeaux, l’assèchement des prairies, la baisse des nappes alluviales, du débit des cours d’eau et des sources fait redouter « à terme des conséquences sur l’approvisionnement en eau potable ». « Dans ce contexte, nous ne voulons pas que l’eau du territoire serve des intérêts industriels en étant exportée hors du bassin où elle naît ! », conclut-il dans sa pétition.
« Avec la sécheresse que le pays vient de traverser et compte tenu de l’évolution liée au réchauffement climatique, un projet de cette nature n’est plus acceptable. Il nous semble aberrant qu’on envisage un énième forage et que l’on mette ainsi en péril la ressource en eau », insiste Jessica Théron, agricultrice et membre du collectif.

10 à 30 m3 d’eau prélevés par heure

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Selon ses membres, les études démarrées par Danone au printemps dernier à 50 mètres de profondeur devraient se terminer en mars 2023 et les volumes que le groupe envisagerait de prélever porteraient sur 10 à 30 m3 d’eau par heure. L’objectif précis du forage est plus mystérieux. « Lors d’une réunion publique en juin dernier, Danone a expliqué qu’il ne s’agissait pas de consolider la ressource en eau de la Salvetat. En même temps, le groupe nous a dit que les études ont pour but de vérifier si la qualité minérale de l’eau du forage correspond à leurs attentes. Et que l’idée, à terme, est de le relier à l’usine d’embouteillage », souligne Jessica Théron.

Dans un communiqué, l’industriel a confirmé qu’il n’y avait « pas de problème de renouvellement de la ressource au niveau de l’impluvium de La Salvetat ». L’exploration que le groupe mène actuellement sur une source privée de Murat-sur-Vèbre, au niveau du lieu-dit La Baraque des Fournials, entre dans le cadre des études que Danone explique mener depuis plus de trente ans à la Salvetat pour « renforcer la connaissance des hydrosystèmes locaux et mieux comprendre les écoulements d’eau souterrains ». « L’étude que nous menons avec ce forage nous permet de mieux comprendre l’étendue et la qualité de la nappe et d’envisager des développements futurs pour la marque », indique l’industriel, sans préciser lesquels.

Les habitants consultés ?

De son côté, le maire de Murat-sur-Vèbre, Daniel Vidal refuse de se prononcer et tente de recadrer le débat. « La société Danone Eaux France qui exploite la source "La Salvetat" [...] a obtenu l’autorisation de l’État de réaliser une campagne d’études sur une source privée située sur notre commune sous le contrôle de l’établissement public du Bureau de recherches géologiques et minières. La commune n’en est en aucun cas à l’origine », souligne-t-il.

C’est également à l’État que reviendra le pouvoir d’autoriser ou non une éventuelle exploitation après une procédure d’instruction publique. « Le conseil municipal serait saisi pour avis s’il était envisagé par l’État d’en autoriser l’exploitation », a précisé Daniel Vidal, qui envisage d’ores et déjà de consulter ses administrés. « Face à ce sujet majeur qui est capital pour notre avenir, aux craintes exprimées, j’ai interpellé les services préfectoraux afin de connaître les conditions d’organisation d’une consultation locale citoyenne, dans un souci de totale transparence. Le conseil municipal suivra l’avis des électeurs », a-t-il promis.

Pour l’heure, les études liées au forage de Murat-sur-Vèbre se poursuivent. Et Danone n’est toujours « pas en mesure d’affirmer que cette source répond aux caractéristiques de l’eau minérale naturelle de La Salvetat ».
Johanna Decorse

Sur la photo : Le forage effectué en mars dernier sur une source privée de Murat-sur-Vèbre par le groupe Danone suscite les inquiétudes des riverains qui s’opposent à une éventuelle exploitation par l’industriel. Crédit : Collectif de défense de l’eau du Montalet.

La préfecture temporise

Dans un communiqué diffusé le jeudi 8 septembre, la préfecture du Tarn a « condamné fermement les pressions et les insultes dont fait l’objet le maire de Murat-sur-Vèbre ». Elle indique que Danone a déposé en janvier 2021 auprès de la direction départementale des territoires du Tarn une déclaration pour réaliser deux forages de reconnaissance afin d’évaluer la faisabilité d’exploiter l’aquifère alimentant la source en question « pour une éventuelle activité d’embouteillage, les eaux concernées ayant des caractéristiques proches de celles de l’eau minérale naturelle de La Salvetat ». « Si le groupe Danone devait envisager une exploitation de cet aquifère, il lui faudrait demander une autorisation d’exploiter le forage, de transporter l’eau, de la conditionner, de la caractériser comme eau de source ou comme eau minérale. L’agence régionale de santé assurerait l’instruction de ce dossier », détaille la préfecture.
L’industriel devra aussi demander auprès de la DDT du Tarn « une autorisation de prélèvements » si le volume d’eau est supérieur ou égal à 200.000 m3/an. À ce jour, précise la préfecture, « les services de l’État n’ont pas été saisis de telles demandes et aucune demande n’a été formulée aux municipalités, notamment de Murat-sur-Vèbre ».

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/Tarn-Un-forage-d-etude-mene-par-Danone-pour-son-usine-de-la,35280