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Tarn. La ville de Lavaur fait rouvrir commerces et salles de sport avant de faire marche arrière

La fronde des maires se poursuit. Comme à Narbonne, Béziers ou Perpignan, des arrêtés municipaux ont été signés par le maire de Lavaur, dans le Tarn, pour autoriser la réouverture des commerces non alimentaires. Les textes s’appliquent également aux bars et restaurants, salles de sport et lieux de culte. La préfecture du Tarn doit saisir la justice.

Ce mardi 3 novembre, dans la grande rue de Lavaur, l’heure n’était pas au confinement. Suite aux arrêtés pris par le maire LR Bernard Carayon, plusieurs commerces dits « non essentiels » ont relevé leur rideau dès le matin et ont accueilli quelques clients, rejoignant ainsi le tabac, la maison de la presse, les boulangeries et les magasins de bouche.

Du coin de l’oeil, Julien Cibois et Eddy Raphaneau, les patrons du restaurant Le vieux marché, surveillent les gendarmes qui sillonnent le centre-ville pour comptabiliser les ouvertures illégales. Un client s’est attablé à l’intérieur. « Nous avons ouvert il y a deux ans. Nous ne nous sommes pas payés jusqu’à mars 2020 et nous avons perdu toute notre trésorerie à cause de la pandémie. Les commerces de proximité ne sont pas traités avec égalité et on nous impose la fermeture sans nous dire à quelles aides nous avons droit », regrettent les deux associés.

« Une roue sans fin »

« Je suis venue ce matin pour soutenir l’initiative du maire et j’ai ouvert par solidarité avec les autres commerçants. Mais si je dois prendre un amende, je préfère fermer », explique Nathalie Requena. Comme de nombreux commerçants, cette gérante de boutique de prêt-à-porter ne comprend pas l’obligation qui leur est faite de rester fermés durant ce nouveau confinement contrairement aux grandes surfaces et aux plate-formes de commerce en ligne. « C’est de la concurrence déloyale. Mon activité est remontée après le premier confinement mais la trésorerie que j’ai pu mettre de côté va être mangée de nouveau. C’est la roue sans fin », s’inquiète cette commerçante de 51 ans.

Un peu plus loin, Cathy, à la tête d’une bijouterie depuis trente ans, ne cache pas non plus sa colère. Et l’annonce gouvernementale de la fermeture des rayons « non essentiels » dans les supermarchés à partir de ce mercredi n’y change rien. « Regardez vous même, ma boutique donne directement sur la rue, il n’y a pas de porte à ouvrir. Tout est sous clé derrière des vitrines très espacées, les clients ne touchent rien. J’ai mis du gel à disposition partout et nettoie le sol plusieurs fois par jour. Je ne mets en danger personne. Rien à voir avec les grandes surfaces où les gens sont collés, touchent et reposent les produits. Je suis écoeurée, on travaille 60 heures par semaine pour éviter que nos centre-villes se meurent et on nous impose une fermeture administrative injustifiée. Si l’on doit tout arrêter, qu’Amazon et que les supermarchés soient au même régime. »

Recours en justice

Face à ce ras-le-bol, plusieurs maires de la région Occitanie ont décidé d’aller contre les restrictions liées au confinement en signant des arrêtés qui autorisent l’ouverture des magasins de proximité non-alimentaires. Les élus de Narbonne, Carcassonne, Montauban, Béziers ou Perpignan ont été parmi les premiers à le faire mais la réponse de l’État n’a pas tardé. Plusieurs préfectures ont dénoncé des « arrêtés illégaux » et les ont attaqués devant le tribunal administratif. À Lavaur, dans le Tarn, Bernard Carayon est allé plus loin.

Après avoir signé lundi trois arrêtés municipaux autorisant la réouverture des salles de sport, des commerces et des lieux de culte, le maire LR en a rédigé un quatrième permettant celle des bars et des restaurants « dans le strict respect des règles sanitaires renforcées ». L’élu défend « une égalité de traitement » dans la vie commerciale. « Il est plus sain d’aller chez de petits commerçants que dans des grandes surfaces le samedi après-midi. Et nous sommes en mesure, nous, maires, de prendre nos responsabilités dans nos territoires avec bon sens. C’est à l’échelon local que les décisions peuvent être prises », affirme Bernard Carayon écartant tout risque d’amende pour les commerçants qui ont rouvert.

« Tant que l’arrêté est valide, aucun PV ne peut être dressé. C’est au juge administratif de déclarer ou non les arrêtés illégaux. Nous nous sommes adossés à plusieurs textes dont l’autorité est supérieure à celle du décret (fixant les règles du confinement, NDLR). » La préfecture du Tarn affirme quant à elle le contraire et devrait déposer d’ici mercredi matin un recours devant le tribunal administratif de Toulouse. Dans le doute, plusieurs commerçants ont décidé de rester fermés et d’attendre « l’autorisation définitive » pour relever leur rideau. Et en début de soirée, c’est Bernard Carayon qui a finalement fait marche arrière en invitant les commerçants à « ne pas rouvrir pour ne pas prendre le risque d’une contravention ».
Johanna Decorse

Sur les photos : Julien Cibois et Eddy Raphaneau, les patrons du Vieux marché à Lavaur ont rouvert mardi 3 novembre ainsi que cette bijoutière du centre-ville. Crédits : J.D.

PS :

Dans le Tarn, quatre communes dont Lavaur, Mazamet et Saint-Juery ont pris des arrêtés municipaux pour la réouverture des commerces non alimentaires. Pour Frédéric Roussel, directeur de cabinet de la préfète du Tarn, ces maires « mettent en difficulté leurs commerçants » et les exposent à des amendes, 135 euros pour la première, dans la mesure où leurs arrêtés « n’ont pas de valeur juridique et ne sont pas supérieurs en droit au décret ministériel » publié le 30 octobre. « Ces commerçants seront verbalisés dès mercredi s’ils restent ouverts. La situation sanitaire de notre département est très préoccupante. A Lavaur, le taux d’incidence est passé de 337/100.000 samedi 31 octobre à 363 le 2 novembre. Il a été multiplié par deux en dix jours. Plus qu’ailleurs encore, il est nécessaire de bien respecter les mesures de confinement », souligne Frédéric Roussel.

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/Tarn-La-ville-de-Lavaur-fait-rouvrir-commerces-et-salles-de,29852