La marque tarnaise Teddy Smith se relance en misant sur l’export

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Placées en redressement judiciaire à l’automne 2024, la marque de prêt-à-porter Teddy Smith et l’enseigne de distribution Blue Box, toutes deux portées par l’entreprise Standard, implantée à Albi et L’Union, voient aujourd’hui leur avenir s’éclaircir. Le tribunal de commerce de Toulouse vient de valider un plan de continuation de dix ans, convaincue par les derniers chiffres de l’entreprise et par sa stratégie, axée notamment sur le développement de nouveaux marchés à l’export.

Après avoir frôlé le pire, Teddy Smith tente un retour en force. La marque de prêt-à-porter, créée à Albi en 1986 par Philippe Bouloux, appartient désormais à l’entreprise Standard. Celle-ci exploite également le réseau de magasins multi-marques Blue Box. La SAS Standard a été placée en redressement judiciaire le 30 septembre 2024. Après deux renouvellements de la période d’observation, le tribunal a rendu sa décision, le 20 avril 2026, qui valide un plan de continuation de dix ans lui permettant d’éviter la liquidation.

Pour Teddy Smith, l’enjeu était de taille : sauver plus d’une centaine d’emplois et une marque historique du textile français, longtemps identifiée à son cœur de métier, le jean. Fragilisée par la crise structurelle du secteur de l’habillement, aggravée par la pandémie et l’essor du e-commerce, l’entreprise avait vu son modèle s’essouffler malgré un chiffre d’affaires avoisinant les 60 millions d’euros avant la procédure.

Export et intelligence artificielle, les leviers de la relance

Dans un communiqué en date du 24 avril 2026, l’entreprise se félicite de la décision et surtout, de son « retour à la profitabilité ». Dans le même document, elle indique que « Blue Box affiche de nouvelles ambitions : redéploiement du réseau, développement des offres online et utilisation de l’IA ». Contactée par ToulÉco, la société confirme que l’intelligence artificielle sera un outil d’aide à la création pour les stylistes, se trouvant sur le site de L’Union (Haute-Garonne). Elle servira également en interne à « faciliter les tâches chronophages ». Pour autant, « aucun licenciement » n’est à prévoir dans l’entreprise qui compte une centaine de salariés, tient-elle à rassurer. Au contraire, Standard ambitionne de se relancer à l’export en se déployant sur deux nouveaux marchés, l’Espagne et le Portugal, où elle détient « une opportunité ».

Un « plan d’économies massif »

Le redressement judiciaire a semble-t-il servi de cadre à une restructuration en profondeur. Le tribunal a arrêté un passif total de 38,7 millions d’euros, dont 30 millions d’euros de créances intragroupe. Grâce à l’abandon d’une partie des autres créances, restent environ 4 millions d’euros que Standard devra apurer progressivement sur dix ans, en remboursant ses créanciers selon des échéanciers progressifs.

D’après le jugement du 20 avril, les mandataires ont « émis un avis favorable », motivé par l’évolution du compte de résultat en 2025, qui « révèle une amélioration significative de la rentabilité et des marges, bien que le résultat net demeure déficitaire », d’une part, et l’analyse du prévisionnel qui « met en évidence une stratégie de redressement profond », d’autre part.

Grâce à une « restructuration drastique » du réseau, incluant les fermetures de magasins non rentables et une réduction des coûts de fonctionnement, l’entreprise devrait générer 800.000 euros de flux de trésorerie annuel à partir de 2029. Concernant les magasins visés par une éventuelle fermeture, la direction de Standard n’a pas souhaité nous répondre. Le tribunal, notant lui aussi qu’un « plan d’économies massif est engagé » et que le projet satisfait à toutes les dispositions prévues par la règlementation des classes de parties affectées [1], a logiquement décidé de la continuation de l’entreprise.
Marie-Dominique Lacour

Sur la photo : Un magasin de l’enseigne Blue Box, exploité par l’entreprise Standard. Crédit : SAS Standard.

Notes

[1Dans le cadre d’un redressement judiciaire, pour organiser de façon équitable le remboursement des créanciers, la loi permet de les regrouper en catégories homogènes appelées « classes de parties affectées » : d’un côté les créanciers prioritaires, comme l’État ou les organismes sociaux, de l’autre les banques, les fournisseurs, les bailleurs ou encore les actionnaires. Chaque classe vote ensuite séparément sur le plan de remboursement proposé.
Ce dispositif, introduit en France en 2021, est obligatoire lorsque la société dépasse 250 salariés et 20 millions de chiffres d’affaires net, ou 40 millions de chiffre d’affaires net. Selon les éléments du jugement de la société Standard, celle-ci entrait avant l’ouverture de la procédure dans le second cas avec 59 millions d’euros de chiffre d’affaires à la clôture de ses comptes au 31 janvier 2024.
Intérêt des CPA : permettre d’adopter un plan même quand certaines classes de créanciers s’y opposent. Autrement dit, le tribunal peut passer outre leur refus (« application forcée interclasses »), à condition que le plan soit jugé équitable et offre de meilleures perspectives que la liquidation. Dans le dossier Standard, trois classes de créanciers ont voté contre le projet qui a pourtant été adopté par la juridiction consulaire, considérant qu’il allait dans leur intérêt.

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Source : https://www.touleco-tarn.fr/La-marque-tarnaise-Teddy-Smith-se-relance-en-misant-sur-l-export,51667