Des algues dans la plaine du Lauragais à 375 mètres d’altitude, cela a de quoi surprendre. Et pourtant c’est bien au lieu-dit En Roujou, aux portes de la Montagne Noire, que s’épanouit la micro-algue bleue venue du Pérou. La spiruline de Cocagne y est élevée, traitée par Aurélien Cathala depuis deux ans. Cet aliment ancestral au fort potentiel nutritionnel et thérapeutique est vendue fraîche, sur place, ou séchées en petits sachets de 100 grammes, sur internet et sur les gros marchés de Toulouse et Revel.
Ingénieur en environnement à Cuq-Toulzat
dans le bureau d’études de géotéchnique
Sols et Eaux, Aurélien Cathala
s’est pris de vocation pour la spiruline
de Cocagne, un micro-organisme de la
famille des cyanobactéries consommé
notamment par les Aztèques. Une culture
saisonnière (de mai à octobre) très économe
en énergie, qui lui correspond en
tout.
« J’avais la volonté de travailler à mon
compte en agriculture, tout en restant
dans mon domaine qu’est l’eau », justifie
le spirulinier.
De 25 kg de frais ramassé, il tire quatre
à cinq kg de matière sèche. Une pâte qui
est ensuite pressée, extrudée afin d’être
transformée en minuscule spaghettis,
puis séchée immédiatement pendant cinq
heures en moyenne à 35°.
Fasciné par la croissance phénoménale de
ses micro-algues, il s’émerveille : « Elles
peuvent doubler leur population en quatre
jours. Et n’ont que des propriétés naturelles
avec leurs huit acides aminés, toutes
les vitamines hormis la C, sont riches en fer
et leur fameux pigment, la phycocyanine est
un puissant anti-oxydant. C’est aussi un stimulant
de globules blancs et rouges ».
Partant du constat que les producteurs français
représentaient seulement 10 à 15% du
marché national et que tout le reste provenait
de fermes industrielles du Pérou,
d’Hawaï et maintenant de Chine, Aurélien
Cathala s’est lancé dans l’aventure d’un
marché de niche en pleine croissance. Il a
investi 30.000 euros, construit quatre bassins
de 27 mètres de long, profonds d’une
vingtaine de centimètres, abrités sous de
gigantesques serres en plastique translucide
et fait venir des souches d’Amérique
du Sud. En recréant le milieu (à l’origine
équatorial), avec de l’eau pure de la Montagne
Noire au PH basique, animée par des
roues à aube, de la chaleur naturelle entre
15 et 35° juste maintenue par les serres et
alimentée en engrais, il a produit 260 kg
en 2010 et compte atteindre les 300 kg en 2011. Faisant ainsi progresser son chiffre d’affaires à environ 36.000 euros. Et ce malgré une saison - qui s’achève cette semaine - plus compliquée, liée aux affres d’une météo variable
Anne-Marie Bourguignon