ToulÉco Tarn

Publié le mardi 3 décembre 2019 à 17h30min par Emilie Gilmer

Jacques Tranier « Notre vocation : créer de la richesse pour le territoire »

La société coopérative Vinovalie réunit depuis 2006 les caves de Rabastens, Técou, Fronton et Côtes d’Olt. Première entreprise à avoir investi la Zac des Portes du Tarn, elle poursuit sa croissance en misant sur la recherche de valeur ajoutée. Rencontre avec son directeur.

Jacques Tranier, comment Vinovalie est-elle devenue en dix ans le premier producteur de vin du Sud-Ouest ?
Vinovalie est issue de la crise viticole du début des années 2000. À l’époque, différentes études indiquaient que la crise arrivait et nous savions que la France aurait du mal à rester compétitive compte tenu de l’extraordinaire atomisation de ses exploitations. En 2005, alors que j’étais devenu directeur de la cave de Rabastens, j’ai mené une étude universitaire à l’Essec sur les stratégies de coopération. Ce travail préconisait de regrouper les caves coopératives de plus de 50.000 hectolitres pour faire émerger un pool Sud-Ouest capable d’affronter le marché mondial. Alors que nous étions à l’épicentre de la crise, avec trois coopératives sur quatre sous administrateur ad hoc, j’ai soumis cette stratégie au conseil d’administration de plusieurs coopératives. Les caves de Fronton, Técou dans le Gaillacois et Côtes d’Olt à Cahors m’ont suivi.

Une fois réunis, comment vous êtes-vous développés ?
L’idée était de sortir de la crise par le haut. Quand nous créons Vinovalie en 2006, les caves exportent peu : elles font moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’export et elles ne font que du discount. Notre stratégie a été de développer des marques positionnées sur le segment « popular premium » et « premium » ; avec le lancement de marques comme le Rosé piscine, Tarani, Astrolabe, Démon Noir. C’est-à-dire de grandes marques qui pèsent sur le marché. Cette stratégie s’est internationalisée et c’est par là qu’est arrivé le succès : les 2 millions de chiffre d’affaires discount à l’export ont été remplacés par 10 millions d’euros d’activités en produits positionnés. En ce qui concerne le volume global, nous sommes passés de 30 millions à près de 49 millions d’euros aujourd’hui, avec 18 millions de bouteilles commercialisées, 400 vignerons et 150 salariés, et une présence dans quarante trois pays.

Comment vous positionnez- vous par rapport aux poids lourds de l’Aude et de l’Hérault ?
Notre stratégie est de continuer à travailler l’offre premium, en innovant et en apportant le meilleur rapport qualité/prix. Autrement dit, je ne fais pas du premier prix – ce que font les mastodontes – car je ne suis pas intéressé pas la croissance par la croissance. La raison d’être de la coopération c’est la création de valeur, et c’est la seule chose qui nous intéresse : créer du rêve pour le client final et de la richesse pour le territoire. Et par là, jouer le rôle de locomotive pour nos bassins de production Cahors, Gaillac, Fronton. Il faut toujours une locomotive : celui qui ouvre des marchés, et qui mécaniquement, fait que tout le monde, derrière lui, se porte bien.

Vous avez été les premiers à vous installer sur le site des Portes du Tarn, à Saint-Sulpice, en janvier 2018. Quel était l’objectif ?
Le but était de rationaliser le flux de production en rapatriant sur un seul site la totalité des mises en bouteille, le stockage des produits finis et la logistique de transport. Dès lors, le site s’est imposé de lui-même, vu sa situation à quelques encablures de Fronton, de Rabastens et de Técou, avec un accès direct à l’autoroute, en bordure de Haute- Garonne, mais toujours dans le Tarn. Par ailleurs, on cherchait à s’installer sur une aire dite agricole en référence à notre métier, et dans un espace qui ne soit pas trop industrialisé, afin d’imprimer une certaine qualité architecturale. Ce site est un bassin vert, préservé, idéal pour montrer que nous sommes le poumon viticole du sud-ouest de l’Occitanie et que la vigne existe.

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années ?
Nous ouvrons une nouvelle page avec le programme Biovalie 2025, bâti autour de sept engagements. Le premier concerne la préservation de la biodiversité via la plantation d’un conservatoire des cépages oubliés et anciens. Les deux suivants ont trait à l’écologie de la plante avec la démarche agri-confiance vers le zéro pesticide et l’émancipation des sulfites pour la conservation du vin. Le quatrième concerne le bien-être au travail, avec le développement de la robotisation des tâches pénibles, et le cinquième la valorisation de nos métiers, via l’aide aux jeunes vignerons. Les deux derniers prévoient la transparence de nos pratiques – un nouveau bâtiment ouvrira en 2020 pour accueillir un projet d’oenotourisme qui placera le consommateur au coeur de Vinovalie – et la réduction de notre bilan carbone.
Propos recueillis par Emilie Gilmer

Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco.