ToulÉco Tarn

Publié le mardi 11 septembre 2018 à 20h11min par Anne Marie Bourguignon

Briqueterie Bouisset : Les derniers des Mohicans de l’argile rouge

La qualité de leur argile rouge les empêche de quitter leur carrière, la dernière du Tarn. La famille Bouisset exploite les terres d’Albine, dans la Montagne noire, depuis six générations.

Fabricante de produits en terre cuite depuis plus de 130 ans, la maison Bouisset fait office de dernier des Mohicans avec sa production haut de gamme. L’activité est aujourd’hui gérée par une SAS dont Alain Bouisset est président, avec son épouse Françoise et sa fille Marjorie, 36 ans, chargée de la commercialisation des produits. Dès l’entrée sur le site du Simou situé à Albine, la collection de statues, d’urnes, d’ornements d’extérieur ou d’intérieur rivalise avec les superbes vases, jarres et décoration de jardin en terre cuite.

Grâce à l’expertise de techniques ancestrales appliquées à des concepts modernes, l’entreprise mise sur la composition de deux terres présentes sur son terrain d’exploitation : l’une rouge, blindée de mica donnant un effet pailleté, l’autre grise, aux vertus réfractaires. Ces deux gisements sur la même carrière adossée aux ateliers, permettent de mélanger les bénéfices de chacune pour produire des briques de parement, de déco, des vases et des pots de jardin comme ces jarres de très grandes tailles, brutes ou émaillées. Une équipe de quinze collaborateurs potiers, céramiste, ouvriers qualifiés génère un chiffre d’affaires stabilisé de 1,8 million d’euros.

Des produits vendus dans les magasins de bricolage ou les entreprises artisanales

La Briqueterie Bouisset vend ses décorations de jardin sous la marque Terres d’Albine, à 40 % dans les grandes surfaces de bricolage comme Leroy Merlin ou Castorama et à 20 % à des entreprises artisanales. Quant aux autres produits (sculptures, décors de jardin…) ils représentent 60 % à l’export (Europe, Corée, Thaïlande, USA). Diplômée de l’Ifag, Marjorie a travaillé à Toulouse puis à Dallas (USA) chez un antiquaire avant de revenir à l’argile. Un matériau qui lui tient particulièrement à cœur. « Nous travaillons aussi à la réfection à l’identique pour les monuments historiques, sur des chantiers comme la collégiale de Saint-Gaudens pour laquelle nous produisons les tuiles plates de la toiture en Tegulae et Imbrex, la balustrade du Patus de Moissac ou le parement émaillé du lycée Le Corbusier au Raincy (Seine-Saint-Denis). Et les carnets de commandes sont bien remplis », se réjouit-elle.

Dans les quatre séchoirs alimentés par la chaleur récupérée des cinq fours, passent ici chaque année entre 1500 et 1700 tonnes de cette fameuse terre arrachée à la pelle mécanique dans les deux gisements connexes. Pour réduire la pénibilité, l’enfournement des briques est réalisé par deux robots. Labellisée Entreprise du patrimoine vivant en 2013, la briqueterie Bouisset use de techniques artisanales ancestrales remarquables, comme la fabrication à la corde de ces jarres immenses. En fonction de la poterie, les experts utilisent les techniques d’émaillage à la louche, par trempage ou au pistolet. Quant aux coloris, ils sont réalisés sur-mesure tout comme les patines. Pierrick le céramiste maison assure le design et la recherche de couleurs pour les développer. Un savoir-faire d’excellence reconnu dans le Tarn mais également jusqu’en Corée ou en Thaïlande.
Anne-Marie Bourguignon

Sur la photo : Marjorie Bouisset, en charge de la commercialisation dans l’atelier. Crédits : A.M-B - ToulÉco